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Pays-Bas

Klaus Schwab : « Les Européns sont vus comme des parias dans certaines parties du monde », Interview

L’économiste, fondateur du Forum de Davos, estime que le surendettement européen exige une politique d’austérité, mais aussi une relance créatrice d’emplois, et des réformes structurelles. Il juge que la mondialisation est irréversible, mais que les structures qui l’accompagnent sont, elles, en train de se désintégrer.

Enjeux Les Echos -L’an dernier à l’ouverture du Forum à Davos, l’ambiance était plutôt optimiste, mais vous regrettiez que l’esprit de coopération internationale né de la crise de 2008 s’estompe. Qu’en est-il en ce début 2012 ?

Klaus Schwab – L’atmosphère cette année est très différente. L’humeur a changé. A l’époque, on prévoyait une croissance de 2 à 3% pour l’Europe et un peu au-dessus de 3% pour les Etats-Unis. Il est vrai qu’on discutait déjà du problème des dettes européennes et qu’on s’inquiétait de voir s’évaporer cette volonté de coopérer qui avait dominé le G20, les dirigeants ne ressentant plus la pression qui s’exerce lorsqu’on est au bord du gouffre. Depuis, la situation s’est considérablement dégradée et cela préoccupe tout le monde. L’économie européenne non seulement ralentit, mais donne des signes de récession. La croissance américaine de 2011 plafonne à 1% au lieu des 3% prévus, avec des perspectives incertaines pour 2012. Enfin, on se demande si les pays émergents -Chine, Inde, Brésil -auront vraiment les capacités de tirer l’économie mondiale comme on l’espérait l’an dernier. Pour autant, la coopération mondiale n’a pas retrouvé son intensité du début de la crise, comme on a pu le constater à Durban sur le climat et aux petits et difficiles progrès que fait l’Europe pour maîtriser le problème de l’euro. A Davos, à la fin du mois, nous serons donc confrontés à des perspectives négatives sur le moyen terme pour l’économie mondiale et à une désintégration de la coopération mondiale.

Qu’est-ce qui a assombri l’horizon ?

K. S. -Je vois au moins deux raisons, l’une économique et l’autre politique. Sur le plan économique, nous étions dans l’illusion que la crise était maîtrisée et que nous remonterions la pente pour retrouver le rythme de croissance antérieur. C’était sous-estimer les écarts de compétitivité entre pays, notamment dans la zone euro. Le rapport mondial sur la compétitivité que nous publions chaque année place l’Allemagne et les Pays-Bas parmi les dix premiers, tandis que l’Irlande est à la 29e place, l’Espagne à la 36e, l’Italie à la 43e et le Portugal à la 45e. La France se situe au milieu, à la 18e place. De tels écarts au sein d’une même zone monétaire ne sont pas soutenables. Pour régler ces problèmes, l’Europe s’est contentée jusqu’ici d’une approche superficielle et court-termiste. Le marché - certains diraient la spéculation -a fini par dire que cela ne suffisait plus. Les Européens doivent désormais affronter la vérité. Si notre surendettement exige une politique d’austérité, nous avons aussi besoin de relance pour créer assez d’emplois et, surtout, de réformes structurelles ambitieuses. Or je ne crois pas qu’on mette assez l’accent sur cette nécessité de recréer de la compétitivité. C’est un processus long - deux, trois, voire cinq ou six ans, pendant lesquels on sera en permanence sur le fil du rasoir, ce qui est une situation à risques. Politiquement, de nombreux pays du G20 -le Mexique, la Chine, les Etats-Unis, la France, l’Italie peut-être -seront cette année en cours de renouvellement politique. Il est très difficile pour les gouvernements dans ce type de contexte de faire des concessions nationales pour le bien du monde. Car nous avons beau vivre dans un système mondial, le personnel politique n’est pas élu sur la base de ce qu’il fait en faveur de la planète. On voit bien avec la crise de la zone euro combien chacun est lié par son système national et les limites que cela pose aux concessions.

Vous parlez d’une désintégration de la coopération internationale. Est-ce le début de la démondialisation ?

K. S. -Il faut distinguer la mondialisation des structures qui devraient l’accompagner. On ne peut pas davantage revenir sur la mondialisation qu’on n’a pu revenir sur l’industrialisation au XIXe siècle, malgré tous ceux qui la redoutaient et qui voulaient briser les machines. La mondialisation est un phénomène irréversible car elle est tirée par le progrès technologique qui va continuer à connecter encore davantage le monde. En revanche, les structures qui devraient accompagner cette mondialisation sont, elles, en train de se désintégrer. La mondialisation vit au rythme du progrès technologique tandis que la manière dont nous la gouvernons vit au rythme de la démocratie. La gouvernance mondiale est en effet soumise aux cycles électoraux et au souci des électeurs que les intérêts de leur pays ne soient pas dilués dans le grand bain mondial.

Quel avenir voyez-vous alors aux institutions internationales issues de l’après-Seconde Guerre mondiale ?

K. S. -Bien qu’il ait évolué, ce cadre institutionnel reste ancré dans cette période d’après-guerre et sa gouvernance reflète encore les équilibres géopolitiques du XXe siècle, donnant à l’Occident un poids disproportionné compte tenu du déplacement du centre de gravité vers le sud-est. Surtout ce système est trop cloisonné : on a l’Organisation mondiale de la santé pour les questions de santé, l’Organisation mondiale du commerce pour les questions commerciales, le Fonds monétaire international pour les questions monétaires, une Organisation internationale du travail… il manque une organisation pour les questions d’environnement. Or toutes ces dimensions de l’activité humaine sont imbriquées et nécessiteraient une approche systémique qu’on ne sait pas encore comment mettre en place au niveau mondial. En principe, le G20 aurait dû être ce mécanisme systémique de discussion de l’agenda mondial, mais il a été submergé par la crise. De plus, tous les systèmes de décision sont fondés sur des cycles courts : les chefs d’Etat et de gouvernement sont élus pour quatre ou cinq ans, les directeurs des organisations internationales sont nommés pour trois ou cinq ans et les mandats des PDG durent en moyenne trois ou quatre ans. Ces cycles courts de responsabilité se traduisent par des cycles courts de la pensée. Par ailleurs, la gouvernance mondiale voire européenne est devenue si complexe que nous courons le risque d’en perdre le contrôle ou la capacité de la gérer. L’intégration interdisciplinaire crée une couche supplémentaire de complexité qui s’accroît encore à l’échelle régionale et mondiale. Enfin, la vélocité du changement est telle que nous sommes toujours à sa remorque. Je m’inquiète d’ailleurs beaucoup de la capacité de l’humanité à maîtriser cette complexité grandissante.

Cela rejoint à une autre échelle les inquiétudes de ceux qui craignent, par exemple, de voir les machines prendre le contrôle des marchés financiers…

K. S. -Oui et c’est pourquoi je comprends les mouvements comme Occupy Wall Street ou Les Indignés. Indignés, c’est le bon mot. Quand ils sont confrontés à des situations qu’ils ne comprennent pas, qui augmentent leur anxiété et leur souffrance et sur lesquelles ils n’ont pas prise, les gens n’ont plus qu’une manière de réagir, c’est d’exprimer leur indignation. Je le comprends. Mais, in fine, il ne suffit pas de critiquer. Il va falloir trouver pour ce monde interconnecté de nouveaux modèles de pensée et de prise de décision -c’est d’ailleurs le thème du Forum cette année. Je ne prendrais qu’un exemple. Une immense vague démographique va déferler sur le marché du travail mondial et nécessitera la création de 600 millions d’emplois sur les dix prochaines années, soit 60 millions par an. Parallèlement, la mécanisation et l’informatisation génèrent d’énormes gains de productivité par la capacité des machines à réaliser d’innombrables tâches. Il nous faudra donc penser la création d’emplois différemment. Comme l’avait pressenti Raymond Barre il y a trente ans, l’emploi traditionnel ne suffira plus, le temps où l’on quittait l’université pour faire carrière dans une grande entreprise est révolu. Les individus devront créer leur propre emploi. Cela nécessitera de changer le système éducatif pour former davantage de gens à devenir entrepreneurs et élargir ce champ à l’entrepreneuriat social dont je suis un fervent supporter.

Le Forum est un lieu où se manifeste le déplacement du centre de gravité géopolitique et économique du monde. L’Occident vous semble-t-il avoir pris la mesure des enjeux ?

K. S. -C’est un phénomène étrange. L’Europe en a très bien pris la mesure politique, mais, à l’exception de ses grandes entreprises exportatrices, n’a pas encore su en tirer avantage. Cela dit, la crise de la zone euro m’inquiète à deux titres. D’abord, elle absorbe un temps et une énergie considérable -seize sommets dont onze rencontres Sarkozy-Merkel ! -qui ne sont pas consacrés aux règlements des autres problèmes, comme le renforcement de la compétitivité, par exemple. Ensuite, elle nuit terriblement à l’image de l’Europe dans le monde. Je reviens d’une tournée de trois semaines en Asie et aux Amériques : les dirigeants sont déçus et agacés par l’Europe, voire en colère à cause des menaces que cela fait peser sur leur propre économie. Il n’y a pas si longtemps encore, on nous considérait comme une puissance économique et politique bénéfique de premier plan et on nous admirait pour notre capacité à gérer pacifiquement nos dissensions. Aujourd’hui, nous sommes quasiment vu comme des parias. C’est une situation dangereuse.

Vous avez créé le Forum économique mondial en 1971 à la veille d’une grande crise monétaire. Quarante ans plus tard, quel impact la crise de l’euro aura-t-elle sur votre manière d’aborder les affaires mondiales ?

K. S. -J’avais en effet écrit un livre en 1970 sur le thème de ce qu’on appelle aujourd’hui les « parties prenantes de l’entreprise », ou actionnaires, pour rappeler aux managers qu’ils ne devaient pas seulement s’intéresser aux actionnaires de l’entreprise mais à tous ceux qui y ont un intérêt. Et j’ai conçu le Forum économique mondial pour mettre cette idée en pratique. Le Forum s’intéressait donc surtout aux questions managériales. Avec la première crise monétaire en 1973, j’ai senti qu’il fallait également s’intéresser à l’environnement des entreprises. C’est ainsi que le Forum de Davos est devenu une plate-forme de débat des politiques économiques avec la société. Nous sommes désormais une organisation internationale. Nous devons donc prendre garde à ne pas tomber dans le piège de la thématique unique. Il nous revient de montrer à la communauté internationale que les problèmes mondiaux ne se résument pas à la crise de la zone euro, mais que cette crise s’inscrit dans un contexte mondial où s’imbriquent aussi les questions d’énergie, d’environnement, d’immigration, etc. Mais nous ne devons pas non plus en rester aux solutions techniques comme la révision du traité de Lisbonne, par exemple. Il y a d’autres instances pour cela. Notre valeur ajoutée est plutôt de chercher à comprendre les racines des problèmes, par exemple les écarts de compétitivité entre les pays du Sud et du Nord de l’Europe, et comment les réduire. C’est pour ces questions fondamentales qu’on doit venir au Forum de Davos.

Avec le programme des Young Global Leaders et, depuis l’an dernier, celui des Young Global Shapers, vous associez au Forum les nouvelles générations. Qu’espérez-vous d’elles ?

K. S. -Les changements de mentalité requièrent de penser en termes générationnels. Les jeunes d’aujourd’hui, nés avec Internet et qui y passent trois heures par jour à communiquer avec leurs amis de New Delhi, New York et Shanghai, forment la première génération dotée, en sus de son identité nationale et continentale, d’une identité mondiale. Son arrivée aux affaires marquera le début d’une nouvelle ère et un très grand espoir pour l’avenir du monde. Cette jeune génération a beaucoup d’enthousiasme et d’idéalisme, ce dont nous aurons besoin pour résoudre les défis d’une société de plus en plus interconnectée.

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Un marché français loin d’atteindre sa maturité, Actualités

Le commerce en ligne garde encore un fort potentiel de croissance surtout en termes de fréquence d’achat, d’après une étude de PwC.

En France, 23 % des web-acheteurs ont effectué leur premier achat au cours des 12 derniers mois, selon une étude* du cabinet d’audit et de conseil PwC. Cela révèle donc un potentiel de croissance inexploité pour les acteurs du e-commerce. L’enquête vient également confirmer le caractère incontournable des achats en ligne puisque les deux tiers des internautes passent commande au moins une fois par mois. Alors que 10 % seulement sont des acheteurs occasionnels.

La France se situe donc « dans la moyenne européenne » des pays étudiés. Moins « mature » par exemple que les Etats-Unis où  54 % des web-acheteurs achètent en ligne depuis au moins cinq ans (52 % outre-manche).

En ce qui concerne la fréquence d’achat, la Chine, malgré la jeunesse de son marché, arrive en tête avec 39 % de e-consommateurs qui achètent plusieurs fois par semaine. C’est beaucoup plus qu’aux Etats-Unis (21 %) et qu’en France (8 %).

L’étude se penche également sur les réseaux sociaux. Conclusion : leur utilisation marchande reste encore marginale. En France, si près de la moitié des web-acheteurs les fréquentent, seuls 5 % se disent influencés dans leurs achats via ces derniers. Une proportion identique dans toute l’Europe.

Enfin, les pures players, comme eBay ou Amazon, sont les favoris des internautes. En France, ils séduisent 81 % des web acheteurs mais les fabricants de marques parviennent à tirer leur épingle du jeu en touchant directement le tiers des sondés.

* Etude réalisée en août et septembre 2011 auprès de 7 000 web acheteurs dans sept pays (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Suisse et Chine)

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