Airbus maître du ciel – Airbus :

Fabrice Brégier devrait devenir PDG d’Airbus./Photo DDM, Michel Labonn
Le match Airbus-Boeing a viré au K.O hier pour l’Américain. Airbus a en effet dévoilé un record de ventes pour l’année 2011 avec 1 419 avions alors que les livraisons ont atteint 534 avions. Si on exclut les annulations de commandes, le nombre de ventes atteint même 1 608 exemplaires pour une valeur de 169 milliards de dollars. Jamais dans l’histoire d’Airbus, fondé en 1970, l’avionneur européen n’avait vendu autant d’avions. C’est historique. « Malgré les crises de 2011 comme le printemps arabe ou la catastrophe de Fukushima, Airbus a aligné deux records de taille » a commenté hier depuis Hambourg Tom Enders, le PDG de l’avionneur. C’est à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de vœux aux côtés de Louis Gallois, président exécutif d’EADS, que le patron d’Airbus a aussi dévoilé un nombre record de livraisons avec 534 avions soit 24 de plus que le précédent record.
FORTE CROISSANCE À TOULOUSE
C’est évidemment le dernier-né de la gamme Airbus, l’A320 Neo (avion de 150 places), qui a permis de décrocher la timbale et de terrasser le rival Boeing. Lancé en décembre 2010, cet avion qui se présente comme une remotorisation de l’actuel A320, a littéralement moissonné le marché mondial en engrangeant la bagatelle de 1 226 commandes fermes à lui tout seul. L’A380 dont la production est stabilisée et progresse a décroché 29 commandes en 2011 et prévoit d’en vendre trente cette année.
Pour 2012, les dirigeants d’Airbus sont toutefois plus prudents et tablent sur 600 à 650 ventes. « Si nous atteignons 600 ventes en 2012 ce sera toujours un volume supérieur à notre production » précise Tom Enders. Cette année, Boeing pourrait redevenir n°1 mondial pour la première fois depuis 2006 avec la commercialisation de son nouveau 737 MAX, concurrent du Neo. Les livraisons, quant à elles, continueront à progresser avec comme objectif 570 appareils. De bonnes nouvelles pour toute la filière aéronautique régionale et pour les usines toulousaines. Airbus s’apprête en effet à embaucher 4 000 personnes cette année dont la moitié en France et environ 1 500 à Toulouse.
le chiffre
Le chiffre : 1 419
avions Vendus en 2011 par Airbus. Le précédent record de ventes d’Airbus remontait à 2007, année où la firme de Blagnac avait vendu 1341 appareils. Mais à cette époque les usines n’avaient livré «que» 453 avions contre 534 en 2011 et 570 attendus en 2012.
2012, année cruciale pour le nouvel A350
Les premiers tronçons du futur avion long-courrier A350 sont arrivés avant Noël aux portes de la nouvelle usine construite à Toulouse (photo). Vont débuter prochainement des essais statiques afin de s’assurer de la solidité des différents éléments de l’avion alors qu’en parallèle débutera en mars l’assemblage du tout premier exemplaire de l’A350. Cette phase durera neuf à dix mois. Si les principaux éléments de structure ont été « dérisqués » c’est-à-dire purgés de possibles problèmes, ce sera la mise sous tension de ce premier exemplaire avec le démarrage de tous les systèmes (électriques, hydrauliques, etc.) qui constituera une étape clef. « C’est vrai que l’Américain Spirit qui nous livre le tronçon central de l’avion a accusé des retards mais les livraisons ont désormais démarré. Nous avons retenu les leçons de l’A380 et nous ne nous lançons pas dans l’assemblage tant que nous ne sommes pas sûrs des éléments envoyés sur la chaîne d’assemblage », prévient Fabrice Brégier.
Le premier vol de l’A350-900 est prévu pour le premier semestre 2013 lançant le processus d’essais en vol et de certification. L’entrée en service chez le premier client, Qatar Airways, aura lieu au premier semestre 2014.
Interview : Fabrice brégier, directeur général délégué d’Airbus
« Rapprocher EADS et Airbus à Toulouse aurait du sens »
Des rumeurs prédisent un prochain rapprochement de plusieurs grandes fonctions entre Airbus et EADS. Qu’en est-il ?
Rapprocher Airbus et sa maison-mère EADS n’est pas nouveau. Louis Gallois en tant que président d’EADS avait commencé à le faire. Des synergies ont déjà été trouvées sur des fonctions comme les ressources humaines, le recrutement, la finance, les achats notamment. Je suis bien sûr favorable aux synergies que l’on peut encore trouver tout en respectant le travail de chacune des divisions d’EADS. Ce sera au prochain président d’EADS de réfléchir à cette nouvelle organisation mais rapprocher certaines activités à Toulouse aurait du sens.
L’accord franco-allemand de 2007 prévoit qu’un Français prenne la tête d’Airbus cette année. Cette fonction vous reviendra-t-elle ?
L’accord-cadre prévoit effectivement une répartition des rôles mais aucun nom est attaché aux différentes fonctions. Louis Gallois a parlé de la mi-avril pour connaître le futur président d’EADS. J’ai été patient pendant plusieurs années, on peut attendre encore quelques semaines. Je pense que le board d’EADS prendra la décision à temps.
Latécoère est parvenu à renégocier sa dette. L’équipementier toulousain peut-il ainsi participer aux grands rapprochements à venir ?
Je suis satisfait que Latécoère soit sorti de ses difficultés financières. Au-delà de cette restructuration bancaire, ce fournisseur d’Airbus bénéficie de la baisse du dollar et de la reprise des commandes de ses grands clients, Airbus en premier lieu. Quant à la consolidation dans le secteur des aérostructures, il est encore trop tôt pour l’envisager. Aerolia qui appartient à EADS reste jeune avec seulement trois ans d’existence mais a beaucoup progressé avec notamment une base de production low cost en Tunisie. Aerolia a fait un bon boulot sur l’A350 en livrant les pointes avant. Il faut se donner quelques années pour réfléchir autour de Sogerma et Aerolia.
Pourquoi Airbus embauchera-t-il encore 1 500 personnes à Toulouse en 2012 ?
Les cadences sont partout à la hausse, l’A350 est encore en développement et va rapidement entrer en production avec un assemblage final qui débutera en mars prochain avec 300 salariés. Mais très rapidement on montera à 700 salariés sur la chaîne de Colomiers.
Comptez-vous encore augmenter les cadences à plus de 42 avions par mois ?
Il faut être très prudent avec les hausses de cadence car elles peuvent déstabiliser toute la chaîne de nos fournisseurs. Pour certains sous-traitants, les hausses de cadence des programmes A320, A330 et A380 provoquent une hausse de 40 % de la production. Or les banques ne veulent pas financer les entreprises industrielles qui ont donc du mal à investir. Par ailleurs, les recrutements pour les PME sont durs à réaliser. Nous restons pour l’instant sur la cadence de 42 avions mensuels pour l’A320.
Gallois passe la main
C’est « sans pincement au cœur » que Louis Gallois participait à sa dernière cérémonie de vœux en tant que président d’EADS. C’est en effet fin mai qu’un nouveau board d’EADS choisira le successeur du Montalbanais. Mais Louis Gallois espère que le nom de son successeur sera connu le 15 avril. Selon le schéma établi en 2007 entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c’est un Allemand qui doit lui succéder. Tom Enders, actuel PDG d’Airbus deviendrait président d’EADS alors que Fabrice Brégier, actuel n° 2 d’Airbus serait nommé PDG de l’avionneur. Tom Enders, PDG d’Airbus s’est rendu récemment à l’élysée afin de présenter l’organigramme du futur groupe EADS mais n’a pas souhaité révéler le contenu de l’entretien.
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Les Airbus chinois vont profiter des crédits export européens, Actualités
L’avionneur européen a obtenu des gouvernements français, allemand et britannique qu’ils accordent leurs garanties, via leurs agences de crédit export, aux clients chinois des A320 assemblés à l’usine chinoise de Tianjin.
Airbus est aux petits soins pour ses clients chinois. Alors que la crise actuelle suscite des inquiétudes quant au financement des ventes d’avions, l’avionneur européen est parvenu à convaincre les gouvernements français, allemand et britannique de faire bénéficier les A320 assemblés en Chine des mêmes conditions de crédits à l’exportation que les appareils fabriqués en Europe.
Les Airbus A320 produits à l’usine de Tianjin, tous destinés aux compagnies chinoises, pourront ainsi bénéficier de prêts garantis par les trois Etats européens, via leurs agences de crédit-export : la Coface en France, Euler Hermes en Allemagne, ECGD en Grande-Bretagne. Un dispositif théoriquement destiné à soutenir les exportations européennes. Il permet aux compagnies aériennes d’obtenir des banques des prêts à des conditions plus avantageuses que celles du marché, en contrepartie de la possibilité pour les banques créancières de se faire payer par les Etats en cas de défaut de paiement de la compagnie.
Airbus peut ainsi jouer à armes égales avec Boeing, dont les exportations sont également garanties par l’agence de crédit export américaine. Mais, dans le cas présent, le dispositif revient à faire supporter par les contribuables européens les éventuelles défaillances de compagnies chinoises, pour leur permettre d’acheter moins cher des avions produits en Chine. Une présentation que réfute Nigel Taylor, en charge du financement clients d’Airbus. « Les A320 de Tianjin sont européens, à l’exception de l’assemblage, qui ne représente que 4 % à 5 % de la valeur de l’avion, et quelques éléments des ailes, explique-t-il. Tous les éléments de l’avion sont importés par bateau depuis l’Europe, jusqu’à la zone franche de Tianjin, où ils sont assemblés, avant de passer la frontière chinoise. Il s’agit donc bien d’une exportation. »
Surtout, Airbus insiste sur le poids du marché chinois, qui absorbe désormais 20 % de sa production. « Les banques chinoises, qui regorgent de liquidités en dollars, n’ont pas besoin de ça, rétorque un spécialiste du secteur. Airbus non plus, qui bénéficie déjà d’un soutien particulier des agences de crédit export. »
En France, Airbus est en effet le principal consommateur de crédits-export garantis par la Coface, qui a garanti 150 de ses 510 livraisons en 2010, pour 5,35 milliards de dollars. De plus, si la plupart des grands exportateurs doivent se contenter de simples assurances, qui ne jouent que dans des cas précis, Airbus bénéficie d’une garantie automatique en cas de non-paiement. Autant d’avantages irritant les compagnies des pays d’origine d’Airbus comme Air France, qui ne sont pas éligibles au crédit export et s’estiment défavorisées par rapport à leurs rivales.
En 2010, les compagnies européennes et américaines avaient obtenu un durcissement des conditions du crédit export, censé resserrer l’écart de coût avec les taux du marché. Mais la crise de l’euro a déjà considérablement renchéri le coût des crédits commerciaux. Résultat, les meilleurs clients éligibles aux crédit export de la Coface et des autres se détournent des banques européennes et notamment françaises, au profit des banques américaines, qui peuvent offrir des prêts en dollars au meilleur taux.
D’où l’inquiétude de certains banquiers vis-à-vis de toute initiative visant à élargir le spectre des garanties étatiques. Car avec l’extension du champ d’action de la Coface, d’Euler Hermes et de ECGD, c’est la part de marché des banques européennes dans le financement d’avion qui se réduit. Naguère leaders sur le secteur, leur part de marché serait déjà tombée de 30 % à 17 %. Les gouvernements européens se retrouvent donc pris entre les sollicitations des exportateurs européens, favorables à tout ce qui soutient la compétitivité de leurs produits, et les avertissements des banques européennes, inquiètes de voir leurs concurrents s’engouffrer dans la brèche.
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