Pourquoi la perte du AAA français laisse EADS (presque) de marbre – Challenges.fr
DECRYPTAGE Ce mardi à Hambourg, Louis Gallois ne s’est pas seulement félicité des commandes records d’Airbus. Le Président exécutif d’EADS a aussi annoncé une hausse de la profitabilité de son groupe cette année, notamment grâce à la baisse de l’euro.
Quatre jours à peine après le vendredi noir qui a vu la dégradation par Standard & Poor’s des notes de neuf pays européens – dont la France et l’Espagne, deux actionnaires d’EADS, la conférence de presse conjointe entre EADS et sa filiale Airbus dans l’usine géante de l’avionneur à Hambourg, avait quelque chose de surnaturel. L’Europe parle récession ?
Airbus annonce des résultats records (1419 commandes nettes, 534 livraisons en 2011). La zone euro craint le credit crunch ? « La moitié de nos livraisons en 2012 est déjà financée », assure le directeur commercial d’Airbus John Leahy, le patron d’Airbus Tom Enders soulignant le rôle des banques des pays émergents et des agences de crédit-export.
« Nous sommes une partie de l’Europe qui marche » dixit Gallois
Bigre. EADS serait-il imperméable à la sinistrose européenne et aux coups de massue des agences de notation ? La confiance des dirigeants le laisse penser : le groupe prévoit une « profitabilité sensiblement meilleure en 2012″ grâce, en vrac, à la reprise en main des programmes A380 et A400M, une hausse des livraisons d’Airbus à 570 appareils en 2012, une hausse des prix pratiqués et les efforts de compétitivité des divisions du groupe.
Le président exécutif Louis Gallois se découvrirait presque des accents de professeur : « EADS est un bel exemple de la façon dont ça peut fonctionner : nous sommes une partie de l’Europe qui marche ! EADS a clairement démontré qu’il est à la fois une cash machine et une machine à croissance. » Avec ou sans triple A.
11,4 milliards de cash disponible
Pourquoi cette résistance ? D’abord parce qu’EADS, noté A- chez S&P, A1 chez Moody’s et BBB+ chez Fitch, croule sous le cash disponible, avec 11,4 milliards de trésorerie au troisième trimestre 2011. Ce matelas confortable le met à l’abri des turbulences financières, le groupe n’ayant pas à se financer sur le marché.
Deuxième raison, le groupe européen est finalement peu exposé à la zone euro : l’Europe représentera 17% des livraisons d’Airbus en 2012, contre 32% à la zone Asie-Pacifique, qui représente même 37% de son carnet de commandes, avec 1642 appareils sur 4437. La résistance des loueurs type GECAS ou ALC, qui ont représenté 40% des livraisons Airbus en 2011, amortit également les chocs en permettant aux compagnies en difficulté des solutions de financement plus flexibles.
Une prometteuse baisse de l’euro
Mais la vraie « bonne » nouvelle liée à la crise de la zone euro, c’est la baisse de la monnaie européenne face au dollar, à 1,27 dollar pour un euro environ. EADS produisant encore majoritairement en euros et vendant essentiellement en dollars, Louis Gallois a toujours répété qu’une hausse de 10 cents de l’euro face au dollar entraînait automatiquement une baisse du résultat opérationnel d’EADS d’environ un milliard d’euros.
La baisse de la devise face au billet vert est donc une sacrée bouffée d’oxygène : « Je vous ai suffisamment bassiné avec les dégâts de l’euro fort pour ne pas apprécier cette baisse à sa juste valeur ! rigolait Louis Gallois ce matin. Nous en profitons pour prendre des couvertures de changes dans des conditions favorables. »
La pique d’Airbus aux banques
Airbus n’est pas le seul à bénéficier de cette dépréciation de l’euro. « La baisse de l’euro et la hausse des cadences sont des éléments positifs pour les sous-traitants, comme Latécoère ou les fournisseurs plus petits, indique Fabrice Brégier, directeur général délégué d’Airbus. Le vrai problème, c’est la baisse des encours bancaires auprès du monde industriel, et notamment des fournisseurs les plus petits. »
Plus que la perte du AAA français, c’est la frilosité des banques à consentir des prêts aux sous-traitants, qui doivent financer la croissance de leur production, qui inquiète le numéro deux de l’avionneur. « Ce n’est pas normal, et les règlementations Bâle 3 n’ont rien à voir là dedans, assure Fabrice Brégier. Tout ça, c’est du pipeau ! Il faut que les crédits aillent à des industries et des activités de croissance. »
Seule ombre au tableau : les budgets militaires en Europe en baisse
Le seul gros impact direct de la crise européenne est finalement la contraction des budgets de défense, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne, la France conservant encore son effort quasi-intact. Ces coupes risquent de pénaliser la performance de la filiale défense Cassidian (via des coupes dans les commandes d’Eurofighter), et dans une moindre mesure celles d’Eurocopter si des commandes de Tigre et de NH90 sont annulées.
« Nous discutons avec les gouvernements de nos pays domestiques, particulièrement avec l’Allemagne, explique Louis Gallois. Il est crucial que les négociations aboutissent à des résultats rapides et sains. » Par exemple, échanger une baisse des commandes d’Eurofighter contre quelques commandes du drone de surveillance Talarion. Bref, un brin d’incertitude dans un océan de confiance : chez EADS, on a des problèmes de riches
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Airbus maître du ciel – Airbus :

Fabrice Brégier devrait devenir PDG d’Airbus./Photo DDM, Michel Labonn
Le match Airbus-Boeing a viré au K.O hier pour l’Américain. Airbus a en effet dévoilé un record de ventes pour l’année 2011 avec 1 419 avions alors que les livraisons ont atteint 534 avions. Si on exclut les annulations de commandes, le nombre de ventes atteint même 1 608 exemplaires pour une valeur de 169 milliards de dollars. Jamais dans l’histoire d’Airbus, fondé en 1970, l’avionneur européen n’avait vendu autant d’avions. C’est historique. « Malgré les crises de 2011 comme le printemps arabe ou la catastrophe de Fukushima, Airbus a aligné deux records de taille » a commenté hier depuis Hambourg Tom Enders, le PDG de l’avionneur. C’est à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de vœux aux côtés de Louis Gallois, président exécutif d’EADS, que le patron d’Airbus a aussi dévoilé un nombre record de livraisons avec 534 avions soit 24 de plus que le précédent record.
FORTE CROISSANCE À TOULOUSE
C’est évidemment le dernier-né de la gamme Airbus, l’A320 Neo (avion de 150 places), qui a permis de décrocher la timbale et de terrasser le rival Boeing. Lancé en décembre 2010, cet avion qui se présente comme une remotorisation de l’actuel A320, a littéralement moissonné le marché mondial en engrangeant la bagatelle de 1 226 commandes fermes à lui tout seul. L’A380 dont la production est stabilisée et progresse a décroché 29 commandes en 2011 et prévoit d’en vendre trente cette année.
Pour 2012, les dirigeants d’Airbus sont toutefois plus prudents et tablent sur 600 à 650 ventes. « Si nous atteignons 600 ventes en 2012 ce sera toujours un volume supérieur à notre production » précise Tom Enders. Cette année, Boeing pourrait redevenir n°1 mondial pour la première fois depuis 2006 avec la commercialisation de son nouveau 737 MAX, concurrent du Neo. Les livraisons, quant à elles, continueront à progresser avec comme objectif 570 appareils. De bonnes nouvelles pour toute la filière aéronautique régionale et pour les usines toulousaines. Airbus s’apprête en effet à embaucher 4 000 personnes cette année dont la moitié en France et environ 1 500 à Toulouse.
le chiffre
Le chiffre : 1 419
avions Vendus en 2011 par Airbus. Le précédent record de ventes d’Airbus remontait à 2007, année où la firme de Blagnac avait vendu 1341 appareils. Mais à cette époque les usines n’avaient livré «que» 453 avions contre 534 en 2011 et 570 attendus en 2012.
2012, année cruciale pour le nouvel A350
Les premiers tronçons du futur avion long-courrier A350 sont arrivés avant Noël aux portes de la nouvelle usine construite à Toulouse (photo). Vont débuter prochainement des essais statiques afin de s’assurer de la solidité des différents éléments de l’avion alors qu’en parallèle débutera en mars l’assemblage du tout premier exemplaire de l’A350. Cette phase durera neuf à dix mois. Si les principaux éléments de structure ont été « dérisqués » c’est-à-dire purgés de possibles problèmes, ce sera la mise sous tension de ce premier exemplaire avec le démarrage de tous les systèmes (électriques, hydrauliques, etc.) qui constituera une étape clef. « C’est vrai que l’Américain Spirit qui nous livre le tronçon central de l’avion a accusé des retards mais les livraisons ont désormais démarré. Nous avons retenu les leçons de l’A380 et nous ne nous lançons pas dans l’assemblage tant que nous ne sommes pas sûrs des éléments envoyés sur la chaîne d’assemblage », prévient Fabrice Brégier.
Le premier vol de l’A350-900 est prévu pour le premier semestre 2013 lançant le processus d’essais en vol et de certification. L’entrée en service chez le premier client, Qatar Airways, aura lieu au premier semestre 2014.
Interview : Fabrice brégier, directeur général délégué d’Airbus
« Rapprocher EADS et Airbus à Toulouse aurait du sens »
Des rumeurs prédisent un prochain rapprochement de plusieurs grandes fonctions entre Airbus et EADS. Qu’en est-il ?
Rapprocher Airbus et sa maison-mère EADS n’est pas nouveau. Louis Gallois en tant que président d’EADS avait commencé à le faire. Des synergies ont déjà été trouvées sur des fonctions comme les ressources humaines, le recrutement, la finance, les achats notamment. Je suis bien sûr favorable aux synergies que l’on peut encore trouver tout en respectant le travail de chacune des divisions d’EADS. Ce sera au prochain président d’EADS de réfléchir à cette nouvelle organisation mais rapprocher certaines activités à Toulouse aurait du sens.
L’accord franco-allemand de 2007 prévoit qu’un Français prenne la tête d’Airbus cette année. Cette fonction vous reviendra-t-elle ?
L’accord-cadre prévoit effectivement une répartition des rôles mais aucun nom est attaché aux différentes fonctions. Louis Gallois a parlé de la mi-avril pour connaître le futur président d’EADS. J’ai été patient pendant plusieurs années, on peut attendre encore quelques semaines. Je pense que le board d’EADS prendra la décision à temps.
Latécoère est parvenu à renégocier sa dette. L’équipementier toulousain peut-il ainsi participer aux grands rapprochements à venir ?
Je suis satisfait que Latécoère soit sorti de ses difficultés financières. Au-delà de cette restructuration bancaire, ce fournisseur d’Airbus bénéficie de la baisse du dollar et de la reprise des commandes de ses grands clients, Airbus en premier lieu. Quant à la consolidation dans le secteur des aérostructures, il est encore trop tôt pour l’envisager. Aerolia qui appartient à EADS reste jeune avec seulement trois ans d’existence mais a beaucoup progressé avec notamment une base de production low cost en Tunisie. Aerolia a fait un bon boulot sur l’A350 en livrant les pointes avant. Il faut se donner quelques années pour réfléchir autour de Sogerma et Aerolia.
Pourquoi Airbus embauchera-t-il encore 1 500 personnes à Toulouse en 2012 ?
Les cadences sont partout à la hausse, l’A350 est encore en développement et va rapidement entrer en production avec un assemblage final qui débutera en mars prochain avec 300 salariés. Mais très rapidement on montera à 700 salariés sur la chaîne de Colomiers.
Comptez-vous encore augmenter les cadences à plus de 42 avions par mois ?
Il faut être très prudent avec les hausses de cadence car elles peuvent déstabiliser toute la chaîne de nos fournisseurs. Pour certains sous-traitants, les hausses de cadence des programmes A320, A330 et A380 provoquent une hausse de 40 % de la production. Or les banques ne veulent pas financer les entreprises industrielles qui ont donc du mal à investir. Par ailleurs, les recrutements pour les PME sont durs à réaliser. Nous restons pour l’instant sur la cadence de 42 avions mensuels pour l’A320.
Gallois passe la main
C’est « sans pincement au cœur » que Louis Gallois participait à sa dernière cérémonie de vœux en tant que président d’EADS. C’est en effet fin mai qu’un nouveau board d’EADS choisira le successeur du Montalbanais. Mais Louis Gallois espère que le nom de son successeur sera connu le 15 avril. Selon le schéma établi en 2007 entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c’est un Allemand qui doit lui succéder. Tom Enders, actuel PDG d’Airbus deviendrait président d’EADS alors que Fabrice Brégier, actuel n° 2 d’Airbus serait nommé PDG de l’avionneur. Tom Enders, PDG d’Airbus s’est rendu récemment à l’élysée afin de présenter l’organigramme du futur groupe EADS mais n’a pas souhaité révéler le contenu de l’entretien.
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